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  • Céline Chabert

QUAND L’EDUCATION NATIONALE CROQUE DANS LA POMME… …les enfants deviennent cobayes.

Ou comment les grandes marques technologiques se démènent pour accrocher les clients dès le plus jeune âge.


Apple entre au collège, Google vise l’école primaire.

Les fabricants l’ont bien compris, et après la distribution d’I-pad dans les collèges de Corrèze depuis 2010, puis la généralisation des tablettes pour tous les élèves de 5ème depuis la rentrée, c’est au tour de Google d’offrir des Chromebooks aux écoles primaires pilotes et d’appliquer la stratégie « Jobs ».


Il est vrai qu’au lycée, des travaux sont demandés sous forme de fichiers informatiques ; il fallait donc que les collégiens soient préparés convenablement à cet exercice. Il est donc vrai que, maintenant, les collégiens livrent des ouvrages informatiques, il faut donc que les élèves de primaires s’y préparent… mais alors, en suivant ce raisonnement, à quand les tablettes en maternelle ? en crèche ?!...


Pourquoi vouloir à tout prix mettre des écrans dans les mains des élèves ? Et surtout si tôt ?


Sachant que l’évolution informatique est très rapide, il est clair que l’apprentissage en primaire sera obsolète au lycée. Et les outils numériques étant de plus en plus intuitifs, les enfants d’aujourd’hui n’auront aucune difficulté à s’adapter aux méthodes de demain (contrairement à certains adultes qui ont grandi hors de cet environnement et se sentent parfois démunis).

Des répercussions cérébrales et cognitives

Les écrans numériques, s'ils favorisent la rapidité, engendrent une perte de la prise de recul : la mémoire superficielle est développée au détriment de la mémoire profonde (donc du raisonnement). La solution : apprendre à solliciter notre résistance cognitive face aux automatismes et aux réflexes déclenchés par les écrans. L'éducation et l'apprentissage permettent de construire la pensée et de faire émerger la créativité, et ainsi résister aux manipulations. Rappelons également que de nombreuses études ont mis en avant que l’abus d’écran nuisait au développement de l’enfant, et plus particulièrement à ses fonctions cognitives. D’où l’importance d’assoir les socles du savoir, de développer le raisonnement et de faire de la prévention sur ce que sont l’outil et l’internet avant d’utiliser le numérique.


C’est certainement l’une de ces raisons qui poussent les dirigeants de la Silicone Valley à limiter l’utilisation de leur technologie chez eux. Citons quelques extraits explicites :

« Le défunt Steve Jobs a admis à l’époque que ses enfants n’avaient jamais utilisé un iPad, un des grands succès d’Apple » explique Nick Bilton, journaliste spécialiste de la technologie pour le New-York Times.
« Nous avons constaté en premier les dangers de cette technologie et je ne veux pas que mes enfants puissent être confrontés à ces problèmes », a affirmé Chris Anderson, ancien rédacteur en chef du magazine de technologie Wired, pour justifier ces restrictions.
« A partir de l’âge de dix ans, les enfants de ces pionniers peuvent utiliser pour la plupart un ordinateur, mais uniquement pour leurs travaux scolaires. » Hannah Rosin, journaliste auprès de The Atlantic, qui a également constaté un phénomène similaire chez les concepteurs d’applications pour enfants. « Là aussi, il a semblé que le divertissement numérique est tabou pendant la semaine » dit-elle.

Les limitations face à la technologie se traduisent également dans le choix des écoles que les entrepreneurs de la Silicon Valley sélectionnent pour leurs enfants : nombre de cadres d’entreprises comme Google, Yahoo, Apple ou eBay semblent avoir opté pour la Waldorf School dont l’enseignement ne laisse aucune place à la technologie et qui, selon la direction, constitue un risque pour la créativité, le comportement social et la concentration des élèves.


Une capacité de concentration en baisse et un potentiel addictif élevé

Une étude réalisée par Microsoft au Canada a confirmé que les capacités de concentration diminuaient avec l’utilisation des écrans connectés : les aptitudes de l’homo numericus sont passées de 12 secondes au début des années 2000 à 8 secondes aujourd’hui, soit 1 seconde de moins que le poisson rouge ! C’est l’effet zapping à grande vitesse. Heureusement, le phénomène est réversible… si l’on parvient à lâcher ces nouvelles technologies, car la pratique peut être invasive voir addictive !


Une fatigue visuelle accrue et un rythme circadien perturbé

S’il n’est pas prouvé que l’écran altère la vue, plusieurs études ont néanmoins démontré l’existence d’un syndrome de la vision artificielle : yeux secs, picotements, fatigues et douleurs dues à l’utilisation d’écran. Aujourd’hui, certains médecins s’interrogent sur le lien éventuel entre la nouvelle apparition de myopies tardives et le temps passé devant un ordinateur. Autre écueil, l’exposition prolongée aux lumières bleues émises par les écrans LED favoriserait le vieillissement de la rétine et perturberait le rythme jour/nuit (les ondes de cette lumière ressemblant à celle de l’aube). Pour palier à cette complication, on voit apparaitre sur le marché la vente de lunettes qui filtrent cette lumière bleue. Il est également possible de trouver des logiciels qui changent le spectre lumineux de la lumière émise par votre ordinateur, votre smartphone…

Wifi obligatoire pour pouvoir utiliser ces tablettes

Aux dangers des écrans, s’ajoute le fait que ces tablettes scolaires doivent être connectées en wifi pour fonctionner !

Or, les ondes wifi, même à très faible puissance, sont nocives pour la santé… puisque ce n’est pas l’intensité mais la nature du signal qui a des effets néfastes sur le vivant. D’après les travaux scientifiques en cours, ces micro-ondes pulsées en basses fréquences entrainent la perte d’étanchéité de la barrière hémato-encéphalique (filtrage et contrôle du sang entrant dans le cerveau), la perturbation de la production de mélatonine, une dérégulation membranaire et des dommages génétiques.


Ces répercussions se traduisent notamment par :

· De l’insomnie

· Des maux de têtes

· Une perte de concentration et de mémoire

· Des troubles de l’humeur

· Des troubles cardiaques

· Des picotements sur la peau

· De la fatigue…

Une multitude de symptômes réunis sous l’appellation Syndrome de l’électro-hypersensibilité (EHS) et pour lesquels on ne cherche pas forcément la cause du côté des ondes…


Rappelons que cette technologie est présentée comme toxique par l’Agence Européenne de l’Environnement et le Parlement Européen, tandis que l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) la classe dans le groupe « Potentiellement cancérogène pour l’homme ». Le Conseil de l’Europe, lui, préconise l’abandon du wifi dans les écoles – ce qui est déjà le cas en Angleterre, en Autriche et en Allemagne –, et l’ANSES (Agence Nationale de Sécurité Sanitaire de l’Alimentation, de l’Environnement et du Travail) incite à la prudence, notamment envers les enfants, en raison de leurs spécificités morphologiques & anatomiques et des caractéristiques de leurs tissus (ce ne sont pas de « mini-adultes » mais des êtres en plein développement qui auront un temps d’exposition au champs électro-magnétiques plus long au cours de leur vie).


Pourquoi, en attendant la reconnaissance officielle de la toxicité des C.E.M., le principe de précaution n’est-il pas appliqué ? Dans le dossier de l’amiante, les preuves de la nocivité ont été faites plus de 20 ans après… aujourd’hui, des compagnies d’assurance, dans leurs conditions générales, exclues d’ores-et-déjà les dommages champs et ondes électro-magnétiques en plus des dommages amiantes, plombs ou OGM. Ça interpelle non ?


N’attendons donc pas pour couper notre wifi et revenir à une solution alternative de bon sens : le filaire.


Une position critique ne revient pas à rejeter en bloc l’outil numérique


N’oublions pas pour autant que certains élèves en difficulté (dyslexique, dysgraphique, etc…) trouvent un soutien de taille dans l’outil informatique. La question à se poser n’est donc pas « pour ou contre ? » mais bien « pour qui ? dans quel but ? et comment ? ».


Bref, faire entrer le numérique à l’école : oui, mais pas à tout prix, pas trop tôt, pas sans réflexion en amont, et pas sans formation réelle du corps enseignant.

Par exemple, l’un des buts des tablettes distribuées en 5ème était d’alléger les cartables et d’avoir les manuels scolaires au format numérique ; mais pour cela, eut-il encore fallut qu’un travail ait été mené en amont avec les éditeurs des manuels, afin d’ajuster leur contenu à ce nouveau support, avec potentiellement de nouvelles méthodes éducatives à mettre en place.


Une grande partie des enfants étant déjà énormément exposée aux écrans et au wifi, parfois malgré eux, l’école ne devrait-elle pas être un lieu où ils seraient à l’abri ? Et l’utilisation de solutions libres (dites « Open Source ») où l’utilisateur n’est pas captif d’un marché économique ne devrait-elle pas être privilégiée par le système éducatif ?


> Sources : Nick Bilton (New York Times), Jérôme Colombain (France Info), Emily Laber-Warren (Cerveau & Psycho), Arnaud Lefebvre (L’express), Guerric Poncet (Le Point), Robin des Toits (association nationale pour la sécurité sanitaire dans les technologies sans fil).

> Pour aller plus loin : des infos et des affichettes à télécharger pour aider à la sensibilisation des effets du wifi sur www.robindestoits.org


- Retour d’expérience dans un petit village alpin -

A 2 mois des grandes vacances 2016, un mot dans le cahier des enfants de CM1 et CM2 présente un fabuleux projet de « Pédagogie Active » où chaque élève se verra remettre une tablette informatique et un compte « Google Apps ».

Un large descriptif des outils google et de l’appareil informatique qui seront utilisés sont fournis. Rien sur la fameuse pédagogie active, ni sur les données qui seront recueillies et mesurées…


Mais ce village est chanceux (!), il est sélectionné pour faire partie de cette expérimentation et les tablettes sont prêtées gracieusement ! La commune y voit donc un moyen d’équiper facilement son école, et on la comprend… les budgets ne sont pas extensibles.

Les institutrices, elles, utilisent les tablettes à l’instinct en fonction du programme et de leurs besoins, aucun protocole n’ayant véritablement été mis en place pour cette étude.

Si l’expérience peut s’avérer être intéressante, l’absence de cadre lui ôte toute crédibilité.


A la rentrée suivante, l’expérimentation continue…

Les parents veulent en savoir plus sur cette pédagogie active.

Suite à une réunion concernant ce programme, ils apprennent qu’un chercheur de l’Université de Grenoble pourra peut-être se dégager du temps pour effectuer différentes mesures sur l’apprentissage !... mais aucune certitude…

Des engagements sont pris :

  1. fournir les temps de connexion aux tablettes par élève pour l’année précédente et l’année à venir (certains parents souhaitant adapter les temps d’écran à la maison en fonction de ceux-ci).

  2. déplacer la borne wifi qui se trouve physiquement dans une des deux classes expérimentales, et arrose particulièrement les élèves placés à côté.

  3. allumer le wifi uniquement pour l’utilisation des tablettes dans la limite de 2h/classe, conformément aux préconisations de l’Education Nationale.

  4. faire un retour sur l’expérimentation et les mesures effectuées

Une poignée de parents s’interroge et suit le dossier de près.

En pratique, la maitrise de la connexion wifi s’avère difficile, voir impossible ;

en cause : la géographie des classes, la cour à traverser, l’utilisation facilité des supports numériques dans d’autres classes …

Au retour des vacances d’hiver, la mise en place de télécommandes pour activer et désactiver la borne à distance n’est pas plus concluante.

L’année s’est écoulée sans réelle réponse malgré les relances, et les engagements n’ont pas été tenus. Au mois de juin, le programme est abandonné en l’état, sans aucun retour sur l’expérimentation. Il laisse l'impression de projet mené à tâtons, dans le flou, sans véritable ligne directive de travail.


- Heureusement pour les enfants, la suppression de la borne wifi a été actée. -


Article paru dans le magazine Naturelles #7 (2017)

© 2015 par Céline Chabert, kinésiologue certifiée par l'IFKA (Institut Français de Kinésiologie Appliquée) et adhérente au SNK (Syndicat National des Kinésiologues) sous le n° 2-10-15-380.

Céline Chabert, kinésiologue à Theys, massif de Belledonne, vallée du Grésivaudan, Dauphiné, Isère, Rhône-Alpes, France.
Céline Chabert, kinésiologue à Theys, massif de Belledonne, vallée du Grésivaudan, Dauphiné, Isère, Rhône-Alpes, France.
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